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Échec de l’école ou échec de notre démocratie ?

L’enseignement repose sur des programmes identiques pour tous, quelque soit votre niveau, ou vos affinités : 6h de Français, 5h de mathématiques, 4h d’histoire géographie… C’est un peu comme les menus à la cantines. C’est un enseignement sans saveur, sans liberté. Résultats de nombreux enfants disent ne pas aimer l’école.

L’élève en quête de sens

Mais avons-nous seulement réfléchi aux conséquences de ce désamour pour l’école ? Que se passe t-il lorsqu’un enfant perçoit l’école comme une corvée et non plus comme un droit ? L’élève ne risque t-il pas de transposer ce rejet de l’école sur le Savoir lui-même ? N’est-ce pas ce que nous constatons déjà tous les jours avec la lecture, les mathématiques, l’histoire… ?

Beaucoup trop d’enfants ne savent pas vraiment pourquoi ils vont en classe. Ils ont le sentiment de ne pas avoir le choix. De fait, ils ne choisissent ni leur emploi du temps, ni les matières qu’ils étudient.

Elèves sujets ou élèves objets ?

Avez-vous déjà réussi à vendre un réfrigérateur à un esquimau ? Si tant d’élèves se sont détournés de l’école c’est que celle ci ne prend pas assez en compte leurs besoins : un cadre agréable et sécurisant, des relations humaines conviviales, un accompagnement fort de l’adulte, un enseignement qui s’adapte à eux, une plus grande autonomie…

En imposant l’école par la force, nous aboutissons à une situation contre-productive : une démotivation croissante des élèves qui aboutit à un rejet plus ou moins violent de l’enseignement.

Le plus regrettable c’est que nous-mêmes, parents, par ignorance, acceptons cet état de fait, comme si cette école était une fatalité.

L’école républicaine est la nôtre, ne l’oublions pas, elle n’appartient aucunement à nos élus. En démocratie, ceux-ci ne sont là que pour nous servir. Pourtant, parents et enseignants n’ont jamais été consultés pour déterminer ce qu’ils attendaient de l’école ?

Si les citoyens adultes n’ont pas leur mot à dire sur l’école, comment pourrait-il en être autrement de leurs enfants ?

Dessiner les traits d’une nouvelle école française ne serait pourtant pas si compliqué. Quels objectifs nous devrions-nous fixer pour l’école ? Qu’est ce que la réussite scolaire selon nous ? Quelles seraient les pédagogies à privilégier ? Quelles devraient être les valeurs de cette école ? Quelle taille devrait avoir un établissement scolaire pour rester convivial? Quels devraient être les effectifs à ne pas dépasser pour une classe pour assurer la un enseignement de qualité ? Quelle autonomie devrait t-on laisser aux élèves ? Quelle devrait être la proportion d’enseignements pratiques par rapport aux enseignements théoriques ? Quelles matières enseigner ?…

Il existe tant de systèmes scolaires différents à travers le monde qu’il serait aisé d’identifier ceux qui fonctionnent le mieux et de s’en inspirer pour créer un modèle scolaire unique qui serait à la hauteur de nos ambitions.

Pourquoi acceptons-nous cette situation ? Peut-être parce que notre infantilisation depuis des siècles est telle que nous en sommes réduits à attendre de nos élus des solutions.

Reprendre nos droits sur l’école

A quand des ateliers citoyens dans lesquels parents, éducateurs et enseignants décideraient eux-mêmes des réformes de leurs écoles.

Encore trop peu de personnes en ont conscience mais, la question de l’échec de l’institution scolaire est étroitement liée à celle de notre système politique qui, comme l’ont démontré des intellectuels comme Étienne Chouard n’est pas une démocratique, mais oligarchique. Un régime oligarchique c’est selon le Larousse, un système politique dans lequel tous les pouvoirs (économique, financier, judiciaires, exécutif, législatif, médiatique…) appartient à un petit nombre d’individus constituant une caste (groupe social hiérarchisé, endogame et héréditaire).

De fait, le citoyen français a été volontairement – et depuis fort longtemps – relégué dans un rôle de citoyen passif dont le pouvoir politique se limite au droit d’élire les hommes politiques qui lui sont présentés. Nous sommes très concrètement exclus de toute décision politique au profit d’une élite politique.

Or, l’école, est l’un des piliers de notre système politique, son fonctionnement a les mêmes défauts que notre société. Tout d’abord, l’autonomie de l’élève est très peu développée (ce qui explique l’échec massif des étudiants quand ils arrivent à l’université ou en classes préparatoires).

Ensuite, l’école comme le monde du travail repose sur une discrimination à l’égard de certaines compétences (manuelles et relationnelles par exemple) par rapport aux compétences conceptuelles ou logiques. Cette hiérarchie des savoirs correspond à la hiérarchie des métiers déjà en oeuvre dans le monde du travail, justifiant par exemple qu’un cadre supérieure d’une entreprise pharmaceutique gagne quatre ou cinq fois plus qu’une aide soignante chargée de s’occuper des patients d’un hôpital. Mais qui a décidé que tels métiers avaient plus de valeur que d’autres ? Au nom de quels critères ? Ce n’est pas le peuple en tout cas.

De hiérarchie des compétences à la hiérarchie des métiers

Ces inégalités ne sont pas anodines, elles créer chez les élèves un véritable sentiment d’infériorité et d’humiliation que l’on retrouve chez ceux qui sont orientés (souvent contre leur gré) dans les filières dites professionnels. Orientation qui vient malheureusement conclure pour beaucoup des années de scolarité vexatoire à coup de mauvaises notes et de cours incompréhensibles faute de temps et de personnel pour aider les plus faibles.

Personne ne devrait se sentir honteux de ne pas être cadre supérieur, médecin ou ingénieur. Tous les métiers ont une utilité sociale, on pourrait même dire que les métiers les mieux payés (trader, directeur marketing, ingénieur commercial…), ne sont pas forcément les plus utiles pour la communauté si on les compare à d’autres métiers bien moins rémunérés mais pourtant vitaux pour la société : éboueur, enseignant, ouvrier, agriculteur… Je vous renvoie sur ce sujet sur cette article du Monde diplomatique fort intéressant : “De la valeur ignorée des métiers

Cela devrait questionner la légitimité de la hiérarchie des valeurs que nous avons actuellement. L’école reproduit et normalise un modèle social injuste mais la solution ne peut passer par l’Éducation Nationale car celle-ci n’est que le fruit de notre système politique anti-démocratique.

La nécessité d’un changement politique radical

Ainsi, sans changement de paradigme politique, on peut légitimement douter de la possibilité d’émergence d’une école qui réponde aux besoins de nos enfants tous les projets du type “pour une meilleure école” ou pour une “école de la confiance” ne sont que des opérations marketing. Jamais dans l’histoire de l’Éducation Nationale, parents et enseignants n’ont été à l’origine d’un seul projet de loi. Aucun référendum sur l’école n’a jamais été organisé. Qu’est ce qu’une école ou ni les enfants, ni les parents, ni les professeurs n’ont leur mot à dire ? Il faut vraiment que nous soyons asservis psychologiquement pour que nous puissions accepter cela. L’Éducation Nationale contrairement à son nom n’appartient en rien à la Nation. Si l’école est un baromètre de la santé politique d’un pays, alors la France est gravement malade et aurait besoin d’une cure de démocratie.

2 thoughts on “Échec de l’école ou échec de notre démocratie ?

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