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“Et la socialisation de tes enfants tu y as pensé ?”

Selon l’enquête Health Behaviour in school-aged children organisée par l’OMS en 2006, (portant sur  7.154 élèves de 11 à 15 ans), 71% des garçon et 59% des filles n’aiment pas l’école en France contre 38% et 45% en Allemagne et 44% et 48% en Angleterre.

Le constat est plus amère encore à 13 ans puisque seuls 19% des filles et 13% des garçons disent aimer l’école.

La majorité des enfants ne sont pas heureux à l’école, cette réalité est totalement occultée dans notre pays, car elle est honteuse. On fait comme si l’opinion de nos enfants qui sont les premiers usagers de l’école, ne comptait pas.

L’élève en quête de sens

Mais avons-nous seulement réfléchi aux conséquences de ce désamour pour l’école ? Que se passe t-il lorsqu’un enfant perçoit l’école comme une corvée et non plus comme un droit ? L’élève ne risque t-il pas de transposer ce rejet de l’école sur le Savoir ? N’est-ce pas ce que nous constatons déjà tous les jours avec la lecture, les mathématiques, l’histoire ?

Beaucoup trop d’enfants ne savent pas vraiment pourquoi ils vont en classe tous les jours. Ils ont le sentiment de ne pas avoir le choix. De fait, ils ne choisissent ni leur emploi du temps, ni les matières qu’ils étudient.

L’école ne favorise pas la socialisation de l’enfant

Contrairement à une idée reçu, l’école socialise très peu l’enfant ou très mal. Si cette socialisation dans le groupe est précoce, elle ne sera pas bénéfique pour l’enfant.

Patrick Mauvais dans son ouvrage “Socialisation précoce et accueil du très jeune enfant en collectivité” remet en question cette notion de socialisation de l’enfant en collectivité. Son ouvrage s’intéresse surtout aux touts petits, mais ses observations restent valables globalement pour l’enfant. En tout, cas cela nous permet de comprendre le rejet violent de l’école de la part de certains enfants qui, si on leur laissait le choix, préfèreraient rester à la maison avec leur parents et jouir de leur attention.

Je cite : “Pour le jeune enfant, la collectivité n’est pas un besoin. Elle est liée à un besoin social et économique des parents La socialisation primaire s’enracine dans la relation avec les parents, en particulier la mère ou l’adulte maternant, et repose sur de tout autres bases que celle de l’intégration en collectivité et la confrontation précoce au groupe.

Et votre enfant, quel besoin exprime t-il ? Que dit-il de l’école, comment réagit-il au moment de votre départ ? Que vous raconte t-il quand il rentre ? Est-il heureux ?

On constate que certains élèves pourtant relativement âgés, c’est à dire entre 10 et 12 ans, expriment encore le besoin de rester aux côtés de leurs parents. Si c’est le cas, c’est que quelque chose ne va pas à l’école et que l’enfant ne trouve pas, dans son cadre scolaire, l’attention et la sécurité dont il a besoin.

L’école est par définition un lieu collectif, mais lorsque le taux d’encadrement est trop élevé ce qui est le cas en France, cela se répercute directement sur la qualité de l’accueil des enfants. Il en va de même pour l’éducation et la socialisation des élèves.

L’école française en sous effectif

Ainsi, si on en croit le rapport de 2015, publié par l’OCDE intitulé Chiffres clés sur l’éducation et l’accueil des jeunes enfants en France), les écoles maternelles françaises comptent en moyenne 22 enfants par enseignant. La France se classe en queue de classement, aux côté de pays pauvres comme le Chili et le Mexique. En revanche l’Estonie, l’Indonésie, l’Islande, la Nouvelle-Zélande, la Slovénie ou la Suède proposent un taux d’encadrement inférieur à 10 enfants par enseignant. La moyenne des pays de l’OCDE se situe aux alentours de 15 enfants par enseignant.

On peut se demander comment l’école maternelle et l’école primaire envisagent de socialiser nos enfants avec un personnel est en sous effectif. Beaucoup de parents pensent que chaque classe possède une ATSEM, en réalité selon un rapport du Sénat, nous en serions très loin (environ un ATSEM pour 42 élèves). Ce cadre, ne permet absolument pas d’assurer la protection, l’empathie et l’attention nécessaires aux enfants pour se socialiser qualitativement. Le collège ne fait guère mieux en matière d’encadrement, en 2013, l’État prévoit un “ratio moyen de 112 élèves par assistant d’éducation” (voir les questions réponse du Sénat sur la surveillance des élèves au collège).

Or, les psychologues insistent sur le fait que l’enfant apprend les règles de la vie en groupe auprès d’adultes bienveillants et disponibles. Dans ce cas, comment une école en sous effectif pourrait-elle remplir cette mission ? Si l’école française est violente, c’est peut être que l’éducateur n’est pas assez présent…

L’école : la socialisation au rabais

L’enfant apprend a respecter les autres enfants, à les écouter, à se montrer généreux en s’identifiant inconsciemment à l’adulte. Mais si l’adulte est constamment surmené, pressé par le temps voire même absent, comment peut-il aider l’enfant à développer des compétences sociales ? En outre, c’est durant l’enfance que l’on se socialise, si l’école échoue à sa mission en maternelle, en primaire puis au collège, les dégâts seront quasiment irrémédiables une fois l’élève entré dans l’adolescence.

Ce sont bien des décennies de dégradation du cadre scolaire qui permettent de comprendre comment un adolescent de 16 ans est capable “sous le coup de la rigolade” braquer une arme factice sur son enseignante.

Encore, une fois, dans ce contexte pourquoi pointer du doigt les parents choisissant la scolarisation à la maison ? En premier lieu, chaque parent devrait avoir le droit d’instruire comme il le souhaite ses enfants sans avoir à subir de jugement sur ses convictions. Ensuite, il est évident que certains parents retirent leurs enfants car ils constatent que le cadre scolaire proposé ne répond pas à leurs exigences en termes de qualité d’accueil, d’éducation et d’instruction.

N’est-ce pas le devoir d’un parent que de protéger son enfant d’un environnement qu’il estime néfaste ? Ces parents devraient être considérés comme des modèles de bienveillance et de responsabilité, pas comme des hurluberlus.

Les conséquences graves d’une socialisation ratée

Confrontée chaque jour à la violence dans les écoles, la société exige davantage d’autorité, reproche aux enseignants leur laxisme. C’est peut être le cas pour certains enseignants, comme pour certains parents d’ailleurs, mais cela reste très marginal.

La plupart des enseignants comme des parents ne sont, ni extrêmement mauvais, ni extrêmement bons. Ils agissent en fonction du contexte qui est le leur. Si les enseignants suédois ont moins de problèmes en termes de discipline, ce n’est pas qu’ils sont plus sévères, bienveillants ou même plus compétents que nos professeurs, c’est seulement qu’ils évoluent dans un environnement de loin plus favorable.

La France ne veut pas se donner les moyens de ses prétentions. L’Éducation Nationale ambitionne d’éduquer nos enfants à notre place quand structurellement elle est en faillite. Dans ce contexte, quelle sera la qualité de cette éducation ?

Comme d’habitude depuis des années, nos élus regardent ailleurs. Quand enseignants et parents demandent plus de moyens pour l’école, nos députés légifèrent pour imposer les drapeaux français et européen dans les classes !

Une histoire banale dans la cour de récréation

Prenons un exemple concret, dans les cours de récréation on assiste parfois à des scènes qui interpellent… Un groupe d’enfants est surpris en pleine dispute, l’un des élèves pleure. Évidemment, tout autour, les enfants habitués à ce genre de spectacle, jouent et courent partout sans même y prêter attention…

Enfin, un adulte qui passe par là, intervient. Il se trouve que l’enfant qui pleure est régulièrement victime de brimades de la part du même groupe d’écoliers.

Cet encadrant en particulier est régulièrement sollicité par l’enfant, presque tous les jours en fait. Ça en devient même “agaçant”… L’éducateur a déjà tenté de priver de récréation les petits agresseurs. Il a tenté de parler avec eux, de leur expliquer que taper les autres pour s’amuser, “ça ne se fait pas”. Il ne sait plus trop comment agir…

D’emblée, il ordonne aux groupe d’enfants de s’excuser… Mais, les enfants refusent, “c’est lui qui a commencé !” disent t-ils. Que faire ? C’est bientôt la sonnerie… “Bon serrez-vous la main, c’est fini et que je ne vous y reprenne plus !“. Voilà l’affaire réglée.

Au fil des semaines, l’enfant régulièrement chahuté a cessé de se plaindre, cela ne sert à rien…il s’est habitué à la situation, il essaye de trouver des coins calmes dans la cour… En somme il s’est adapté, il s’est habitué à la dure réalité de l’école, il s’est “endurci”, il s’est “socialisé”.

Est ce que l’école dé-socialise ?

La question que les parents pourraient légitimement se poser est : “est ce que l’école socialise ou dé-socialise mon enfant ?” L’enfant trouve t-il réellement à l’école ce haut degré d’attention, ce souci de son bien-être et cet intérêt de l’adulte pour son développement personnel ? Pas sûr.

Les relations qu’il entretient avec ses enseignants et éducateurs repose t-elles sur l’affection, l’empathie et la protection dont il a besoin ?

Car qu’est ce que la socialisation ? C’est selon le définition du dictionnaire “le processus au cours duquel un individu apprend à vivre en société, durant lequel il intériorise les normes et les valeurs, et par lequel il construit son identité psychologique et sociale.

On postule, à tort, que l’école primaire comme le collège, sont le creuset de la socialisation et que les parents qui choisissent l’instruction en famille ou la “non-sco” mettent celle-ci en péril. Enfermé dans cette croyance, on ne cesse de d’encourager la scolarisation précoce (voir la loi pour “une école de la confiance qui abaisse l’âge de l’instruction obligatoire à 3 ans).

Pas de vraie socialisation sans un “modèle” avec qui s’identifier

Ainsi, l’école permettrait à l’enfant de se “socialiser”. En réalité, nombreux sont ceux, même parmi les professionnels de l’éducation, qui utilisent cette expression sans réellement la maîtriser.

De fait, beaucoup de parents constatent au contraire, que depuis l’entrée de leur enfant à l’école, son comportement s’est profondément dégradé. Pourquoi cela ?

C’est tout simplement parce que l’enfant se socialise aux côtés d’adultes bienveillants et suffisamment disponibles pour lui servir de modèle positif.

Or, comment l’enfant pourrait-il apprendre le “vivre ensemble”, le “respect d’autrui” et la non violence avec d’autres enfants comme lui ? L’adulte dans le cadre scolaire étant accaparé par le groupe, ne peut correctement jouer son rôle de modèle qui implique au contraire écoute, patience et proximité. Les enseignants ont très peu de temps pour dialoguer avec leurs élèves en dehors des cours.

L’enfant scolarisé trop tôt, ne risque t-il pas, au contraire, d’apprendre aux côtés de ses camarades l’inverse de la socialisation : la rivalité constante avec les autres pour dérober l’attention à l’adulte, le mimétisme et le conformisme social pour éviter les moqueries, l’agressivité pour ne pas devenir “une victime”, la crainte constante face à des élèves agressifs…

Prendre la parole de l’enfant au sérieux

Beaucoup d’enfants vivent mal leur scolarisation précoce, les médias parlent un peu abusivement de “phobie scolaire”. Peut être n’est ce que l’expression d’une souffrance : si l’enfant est frustré à l’école dans certains de ces besoins vitaux, on peut comprendre qu’il ne voudra pas aller à l’école.

Bien souvent ce n’est pas l’école elle même qui pose problème mais un élément essentiel fait défaut provocant chez l’enfant un sentiment d’insécurité psychologique ou affective. Cela peut être un enseignant distant constamment indisponible (besoin de communiquer), des camarades qui le harcèlent (besoin de sécurité), une ambiance de classe très désagréable (besoin de stabilité), l’absence de camarade avec qui jouer (besoin de partager)… Quoiqu’il en soit, les enfants sont plus raisonnables qu’on ne le pense et se plaignent rarement sans raison.

Pourtant, trop souvent, les plaintes régulières de l’enfant ne sont pas prises en compte. Heureusement, il n’est pas rare que les choses s’arrangent d’elles-mêmes.

Cependant, une souffrance exprimée qui perdure des mois durant doit être prise au sérieux. Évidemment le retour à la maison dans le cadre d’un projet d’instruction à domicile ou de non scolarisation est envisageable. D’autres fois, ce ne sera pas possible, car les parents ne sont pas disponibles.

Nous tenterons dans un autre article d’identifier des pistes de solutions sachant qu’il faut se méfier des généralisations, chaque cas mérite une solution individualisée.

Le mal-être de l’enfant

Les parents qui bien souvent souffrent aussi de cette séparation prématurée sont priés, quand ce n’est pas sommés par les enseignants d’apporter un « doudous ». L’objet, qualifiés souvent un peu vite d’« objets transitionnels », est supposés jouer un rôle sécurisant auprès des enfants. Mais attention, cela reste un palliatif temporaire, qui ne compensera en aucune manière l’affection et la sécurité d’une maman.

Les signes de mal-être peuvent se manifester de diverses façons chez le très jeune enfant. Soit de manière évidente : pleurs, protestations, appels répétés, signaux de détresse… Soit sous des formes plus spectaculaires : attitudes agressives, qui attestent en creux de besoins d’attention et de sécurité frustrés. Parfois, de façon beaucoup plus discrète, susceptible de passer inaperçue et d’être mal interprétée, l’enfant n’exprime pas de détresse bruyante, se montre facile et souriant lorsqu’on s’occupe de lui personnellement. Pourtant, il s’effrite peu à peu de l’intérieur.

J’espère avoir éclairé les parents qui s‘interrogent sur la “socialisation” dans le cadre de l’école. Encore une fois, mon but à travers cet article n’est pas de diaboliser l’école, ni de promouvoir la scolarisation à la maison. Il faut nous garder de tout dogmatisme en abordant ces sujets complexes.

Dans un sens ou dans l’autre, le dogmatisme mène à l’affaiblissement de l’esprit critique et diminue notre aptitude à faire les bons choix.

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