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Le “métier” d’élève : 11h de travail par jour

Aujourd’hui je voudrais aborder la question de la “productivité” de l’école traditionnelle en matière d’apprentissages. Il peut paraître étrange d’utiliser le concept de “productivité” ou même de “rendement” dans un article sur le système scolaire, pourtant nous essayerons de démontrer que l’idée ne manque pas de cohérence.

Nous entendons par “productivité” le temps nécessaire (en heures de travail par exemple) pour maîtriser une notion, une leçon ou pour compléter le programme annuel dans une classe donnée.

Depuis l’an dernier, ma femme et moi avons dû, un peu à contrecoeur, scolariser nos enfants après 5 années à pratiquer l’instruction à la maison alors que nous vivions à l’étranger. Il se trouve que, de retour en France, nous nous sommes lancé corps et âme dans la création d’un site de formation et de développement personnel destiné aux familles. Ce projet nous imposant un rythme de travail assez intense. Nous avons estimé que nous ne pouvions plus assurer, nous même, l’instruction de nos enfants, cela fait un an et demi que nos enfants ont repris l’école et notre expérience est assez mitigée. Mais, d’un autre côté, cela nous permet aujourd’hui de pouvoir comparer les deux modes d’enseignement.

Nos enfants sont dans des établissements corrects, nous vivons dans un quartier de la classe moyenne, dans une grande métropole française.

Néanmoins, en observant nos enfants dans leur nouvelle vie d’école, une chose a immédiatement retenu notre attention : la lenteur du rythme d’apprentissage de nos enfants par rapport à ce qu’ils étaient capables de faire quand ils étudiaient à la maison.

Le deuxième élément tout aussi surprenant, fut le constat de la faiblesse du niveau scolaire général non seulement par rapport aux capacités de nos enfants, mais aussi par rapport à ce que nous même faisions 30 ans auparavant.

L’éducation a remplacé l’instruction

Le niveau scolaire, c’est un peu comme le pouvoir d’achat, tout le monde constate sa chute, mais on fait comme si ce n’était qu’une impression subjective.

Pendant longtemps, l’Éducation Nationale était dans le déni. Puis vinrent les rapports de l’OCDE sur le suivi des acquis des élèves et son du classement internationale (PISA).

Cette fois, il n’était plus possible de nier l’évidence l’école française est en régression constante classée 12e en 2000, elle se situe en 27e position en 2016.

Mais récemment, une autre publication tout aussi officielle vient enfoncer le clou : l’étude intitulée « Lire, écrire, compter : les performances des élèves de CM2 à vingt ans d’intervalle 1987-2007 » réalisée par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp). Les résultats sont pour le moins édifiant : « deux fois plus d’élèves (21 %) se trouvent en 2007 au niveau de compétence des 10 % d’élèves les plus faibles de 1987 ». En orthographe, les 10,7 fautes moyennes de 1987 sont devenues 14,7 en 2007 et les 26 % qui faisaient plus de 15 erreurs il y a vingt ans sont aujourd’hui 46 %. Les compétences en mathématiques ne rééquilibrent rien puisqu’entre 1987 et 1997 le score en calcul a connu« une baisse importante » suivie d’un tassement la décennie suivante.

Pour ceux que ce sujet intéresse, nous les renvoyons à l’excellent ouvrage de Jean-Paul Brighelli La fabrique du crétin (2006).

Mais le pire dans tout cela, c’est que la France est l’un des pays au monde où les élèves travaillent le plus en volumes horaires.

Beaucoup d’heures de travail mais des résultats en chute libre

Malgré un programme scolaire apparemment structuré, l’Éducation Nationale échoue à maintenir à flot le fameux “socle commun des connaissances”. Pourtant, les enfants français sont parmi ceux qui passent le plus de temps en classe (864h en primaire contre 776h en moyenne dans l’UE).

A titre de comparaison, en Finlande, les élèves détiennent le record inverse, c’est à dire celui du minimum d’heures de cours de tous les pays de l’OCDE. Pourtant ce pays nordique caracole en tête des pays d’Europe et dans le top 5 dans le classement mondiale, très loin devant la France (27e position).

Pour moi, les deux arguments les plus forts en faveur de l’instruction en famille est son efficacité en termes de rythmes d’apprentissages et sa légèreté pour ce qui concerne le temps passé à travailler comparativement à la lourdeur de l’institution scolaire pour ce qui est du nombre d’heures de travail exigé des élèves.

Dans l’hexagone, les enfants de collège ont 26h de cours hebdomadaire. Amusons-nous à comparer l’instruction à domicile et l’école ou le collège.

Le nombre d’heures d’enseignement au collège a été fixé à 26h /semaine, sur une semaine de quatre jours cela donne environs 6h d’enseignement par jour.

Ayant moi même été enseignant, je sais qu’un enseignant au collège a besoin d’environ 10 minutes pour la mise en route et la clôture de son cours. Durant le cours lui même, il passera plus ou moins une dizaine de minutes à faire de la discipline (dans une classe standard). On peut donc estimer sans exagération que pour chaque heure de cours, un enseignant dédie en moyenne vingt minutes à la gestion de sa classe.

Sur une journée de 6h de cours cela représente donc environ 20 minutes x 6 cours soit environs 2h par jours dédiées à la discipline et la gestion de classe. Ce qui correspond à un tiers du temps d’enseignement.

Combien de temps dédié réellement à votre enfant ?

La question qui nous vient logiquement à l’esprit est combien de temps dans la journée l’enseignant est -il en mesure d’offrir à mon enfant pour l’aider à mieux comprendre le cours ?

Considérant que le cours dure 1h, et sachant qu’il ne reste au professeur que 40 minutes d’enseignement à proprement parler par heure, 40 minutes à partager entre 25 élèves. Il faut espérer que ces derniers ne lui poseront pas trop de question, car, si chaque élève avait la mauvaise idée d’en poser une, l’enseignant n’aurait qu’une minute et trente seconde pour donner son explication !

Évidemment, tout cela reste très théorique, mais on peut toutefois affirmer sans trop risquer de se tromper que si dans la journée votre enfant a pu bénéficier de plus de cinq minutes d’attention particulière de la part de ses enseignants, il peut s’estimer chanceux.

Nous avons donc des journées très longues (11h30 en moyenne), pour seulement 4h d’enseignement collectif (le plus souvent magistral) incluant avec peu de chance 5 minutes d’explications individualisées par jour, toutes matières confondues. Voilà pour le bilan de l’école.

Instruction en famille VS l’école

Évidemment, les parents qui n’ont jamais testé l’enseignement à la maison, ne peuvent pas se rendre compte de l’inefficacité du système scolaire français, pour cela il aurait fallu qu’ils possèdent des éléments de comparaison. Je me permets de partager avec vous ma propre expérience, ce qui ne constitue aucunement une preuve scientifique, mais permet d’engager la réflexion sur ce sujet pour le moins intéressant.

Concernant la vitesse d’apprentissage, globalement, ce que nous avons pu observer avec nos enfants c’est qu’ils apprenaient beaucoup plus rapidement avec nous qu’en étudiant à l’école.

Qu’est ce qui explique cette différence ? Pourquoi l’école d’aujourd’hui est-elle si peu productive, si peu efficace ?

Nous avons constaté que nos enfants apprenaient très lentement à l’école, mais force est de constater que cela n’est pas dû à une consolidation plus approfondie des apprentissages, rappelons qu’en 2016, 22% des élèves (près d’un quart donc !) étaient en difficulté en lecture et calcul.

Mais poussons plus loin l’analyse, toujours pour le collège. Considérons que la plupart des enfants doivent se lever à 6h30 du matin pour ne revenir (en moyenne) qu’à 16h30 à la maison. Que l’enfant passe en moyenne 1h30 à faire ses devoirs. Nous aboutissons à des journées de travail avoisinant 11h30… pour ne suivre que 4h de cours.

Un apprentissage de qualité

Qu’en est-il de l’instruction à la maison ? En premier lieu et c’est un point important, il n’y a pas de transport, les cours étant à domicile, pas non plus de changement de classe.

Toute notion abordée est acquise

En matière de gestion de groupe, le gain de temps est aussi très important puisque vous enseignez en général à vos propres enfants, soit jamais plus de deux ou trois élèves en même temps. La discipline tient aussi beaucoup moins de place, car il n’y a pas d’élève qui se sentent délaissés, pas non plus d’élèves très en retard sur la classe. Évidemment, quand votre enfant n’arrive pas à comprendre une notion, nous ne passer pas à la notion suivante juste pour ne pas faire prendre de retard à toute la classe. Si votre enfant à des difficulté à comprendre un concept, vous pouvez prendre tout le temps nécessaire pour lui permettre de réussir. L’échec scolaire étant la première cause de démotivation chez l’enfant, votre “mini classe”, sera donc forcément moins démotivée que celle du professeur de collège.

L’instruction à la maison peut prendre des formes très diverses. L’enfant peut apprendre de manière autonome, les parents mettant à sa disposition des petits ateliers découvertes ou tout simplement le matériel dont il a besoin pour réaliser ses recherches, dans ce cas, il est difficile de comparer l’apprentissage à la maison et l’apprentissage scolaire tant ils sont différents.

Le choix des supports

Mais, lorsque les parents s’appuient sur des cours par correspondance, la comparaison est possible. Dans ce cas, pour terminer les programmes scolaires d’une année,  2h30 à 3h de cours suffisent, divisés par exemple en 5 ou 6 sessions volontairement très courtes de 30 minutes (car au delà selon la majorité des études scientifiques réalisées sur des enfants, la capacité de concentration chute progressivement).

Disponibilité de l’adulte

Pour chaque session de 30 minutes, l’enfant prend connaissance lui-même de la tâche à effectuer. N’oublions pas qu’un collégien qui étudie à la maison depuis quelques mois, sera largement plus autonome qu’un élève de collège totalement dépendant de son professeur pour le cours. Les cours par correspondance sont conçus justement pour ne pas nécessiter l’intervention d’un enseignant. Cependant, si l’écolier ne peut bénéficier de plus d’une ou deux minutes d’aide personnalisée pour chaque heure de cours, l’enfant instruit à domicile profite de la présence d’un adulte entièrement à sa disposition. Il n’est pas rare que l’adulte passe un tiers du temps de la session à aider son élève.

Cette qualité d’enseignement individualisé possède un autre avantage : les devoirs à la maison ne sont plus nécessaires, car l’enfant avance progressivement et les difficultés sont traitées au fur et à mesure.

Apprentissage optimisé

Cinq minutes de soutien individualisé par jour contre dix minutes par session de trente minutes, c’est là la véritable puissance de l’instruction en famille. De plus, pas de bavardage, pas d’interruption de l’enseignant pour répondre à une question qui ne le concerne pas, pas de temps d’attente s’il fini en avance… L’enfant évolue dans un environnement plus réaliste, il peut se concentrer sur sa tâche comme le ferait un adulte dans le cadre de son travail, surtout, l’élève scolarisé à domicile peut bénéficier à tout moment du soutien bienveillant et de la disponibilité (sans partage) de l’adulte.

On comprend mieux pourquoi, il n’est pas rare de voir des enfants scolarisés à domicile finir le programme de deux années en une seule en ne travaillant qu’une matinée par jour. Le reste du temps étant partagé entre temps libre, sorties, musée, activités artistiques ou sportives…

J’ajouterai à cela que l’enfant instruit à la maison n’a plus besoin de se lever à 6h30 le matin, il peut se réveiller en douceur à 8h et finir son travail avant 12h l’après midi. Libre à lui de fixer son emploi du temps de l’après midi en fonction de ses passions, de sa curiosité du moment…

En conclusion

Je crois avoir démontré qu’il est difficile de faire plus productif que l’instruction à la maison. Mais le rendement supérieur n’est pas le seul avantage de ce type d’enseignement.

Je crois avoir montré également, que la qualité de l’enseignement est aussi largement supérieure, grâce à un cadre sécurisant et une disponibilité plus grande de l’adulte.

Enfin, le rythme naturel et le bien-être de l’enfant me paraissent aussi mieux respectés dans le cadre de l’instruction en famille.

Encore une fois, je dis cela, en toute objectivité, comme je l’ai expliqué, cette année, nous avons été obligés d’envoyer nos enfants à l’école, ma fille est dans le privée et mon fils dans le public. Je pense donc avoir suffisamment d’élément de comparaison.

Mais n’affirme pas que l’école à la maison est une solution parfaite, celle-ci impose une grande disponibilité de la part de l’adulte, ce qui n’est pas possible pour toutes les familles.

En revanche, je pense que nous serons tous d’accord pour admettre que la politique actuelle, qui consiste à diaboliser l’instruction à la maison est totalement contre-productive et ne fait que discréditer un peu plus l’Éducation Nationale.



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